Lundi 12 avril 2010 1 12 /04 /Avr /2010 11:37

Dans la tribune libre de Joigny Infos d'avril 2010, une adjointe au maire a cru bon d'exhorter les lecteurs à s'intéresser aux faits de Résistance qui se sont déroulés dans notre pays lors de la dernière guerre, à assister aux commémorations devant le monument aux morts (ce qui est relativement nouveau pour les membres de cette municipalité), à chercher à savoir qui étaient Irène Chiot, Jean Hémery ou Roger Varrey, etc.

 

Ceci est très bien en soi mais alors, madame, nous vous posons une question, à vous qui donnez de si bons conseils aux autres : vous-même, avez-vous cherché à savoir qui était Pierre Perrot ? Auriez-vous trouvé excessif que le maire lui rende hommage en assistant à ses obsèques, le 26 février dernier, ou en s'y faisant représenter, et qu'il fasse envoyer une gerbe, au nom de la municipalité ?

 

Puisque cette dernière n'a pas cru utile de se déplacer pour honorer sa mémoire, nous avons à cœur d'exprimer ici pour les Joviniens la question qu'apparemment vous ne vous êtes pas posée :

 

Qui était Pierre Perrot ?

 

Pierre Perrot était le père de Michel Perrot, un de nos colistiers lors des dernières élections municipales. C'était un déporté résistant, grand invalide de guerre.

 

Parce qu'il souhaitait lutter contre la présence des troupes allemandes qui avaient envahi notre pays, il est parti le 17 mars 1943, avec son ami Lucien Labussière d'Auxerre, pour rejoindre l'armée du Général de Gaulle en Afrique. Il fut arrêté le 22 mars à la frontière espagnole, par la milice française.

 

Emmené au grand quartier du Pertuis, il fut interrogé et supplicié par la gestapo avant d'être enfermé à  la citadelle de Perpignan.

 

De là il partit pour le Fort de Romainville où il fut désigné comme otage pour être fusillé au Mont Valérien. Le matin prévu pour son exécution, il ne dut la vie qu'à un soldat allemand qui choisit un autre détenu pour être exécuté. . .

 

Il fut alors acheminé vers le camp de concentration de Sachsenhausen, au nord de l'Allemagne (près de Berlin), en Mai 1943, où il intégra le commando Heinkel, pour travailler aux armes secrètes des nazis.

 

Ce camp, peu connu en France bien qu'un très grand nombre de déportés Français y aient séjourné, fut l'une des plus importantes machines concentrationnaires allemandes, par le nombre de déportés qui y séjournèrent (120 000) et y moururent.

 

Particularité de son tragique destin, il participa à ce qui fut appelé "la marche de la mort". En effet les nazis, voyant que les libérateurs approchaient du camp de Sachsenhausen, organisèrent une marche forcée vers la Mer du Nord, dans le but probable de noyer tous les détenus en mer, afin de ne laisser aucune trace vivante de ces malheureux, témoins de leur barbarie.

 

L'horreur fut à son apogée dans "le bois de la mort" comme il est appelé depuis. Tous ceux qui, trop faibles, ne pouvaient plus suivre furent abattus le long de la route. D'autres, tels Pierre Perrot, survivront : ils réussirent à s'échapper et à survivre en mangeant les feuilles des arbres et les pommes de terre qu'ils déterraient des champs récemment plantés.

 

Son calvaire ne s'arrêta pas là car l'armée Russe, qui venait de libérer la région, le prit pour un voleur évadé d'une prison et voulait l'exécuter au bord d'un champ. Sa dernière chance fut que l'armée Américaine n'était pas loin non plus !... Les soviétiques n'ayant pas le temps d'achever leur funeste projet, il fut sauvé et libéré en Mai 1945.

 

***

 

Sa volonté de participer à la libération de notre pays lui a "coûté" plus de deux ans de sa vie, plus de deux ans de situations particulièrement éprouvantes par l'enfermement, les sévices de toutes sortes, la torture, la faim, les épreuves multiples qu'il serait trop long de citer ici, auxquelles il convient d'ajouter toutes les conséquences physiques et morales qui en ont découlé, leur vie durant, pour tous ceux qui ont vécu ces horreurs.

 

La nation reconnaissante a estimé que le parcours douloureux de Pierre Perrot méritait d'être connu et honoré et lui a, pour cela, décerné cette haute distinction qu'est la Légion d'Honneur. Par contre, la municipalité de Joigny ne s'est pas manifestée pour lui rendre un dernier hommage, lorsqu'il est décédé, le 23 février dernier. Une fois de plus, elle n'était sans doute "pas au courant".

 

Lorsque vous écrivez, Madame, que "vivre sa citoyenneté, c'est garder sa capacité à l'indignation", nous pouvons vous certifier que nous nous sentons être de très bons "citoyens" car vos propos, à ce point décalés de vos actes, nous ont indignés.

 

Cette indignation, Michel Perrot l'a déjà manifestée auprès du Maire qui, de ce fait, a décidé de rendre un hommage particulier à Pierre Perrot le 25 Avril au Monument aux Morts, à l'occasion de la journée de la déportation.

 

Mieux vaut tard que jamais, dit-on !

 

Les amis de Michel Perrot

 

 

PS : Le même Joigny Infos a provoqué une réaction semblable chez un autre lecteur qui nous a envoyé un texte que vous trouverez dans le courrier des lecteurs  

 A défaut de risques militaires, attention : le ridicule peut tuer aussi….

Par Gilbert Portal - Publié dans : vie quotidienne
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