AMIS DE 30 ANS ?

 

À l'occasion d'un article paru récemment dans la presse au sujet de la comparution de Philippe Auberger en correctionnelle, j'ai vu fleurir à nouveau la formule déjà amplement utilisée dans le passé pour désigner les relations ayant existé entre Philippe Auberger et Julien Ortega : "amis de 30 ans". Cette formule a le pouvoir de m'horripiler car elle est inadéquate. Ceux qui l'utilisent ne connaissent pas Philippe Auberger. Pour avoir travaillé de nombreuses années à la mairie, je sais de quoi je parle.

 

Il n’y a pas plusieurs façons d’interpréter le mot « ami ». Ce terme sous-entend des relations imprégnées de sentiments, d’affection, de confiance. Or, il n’y avait pas de "sentiment" dans les relations entre   l’ancien maire et ses collaborateurs, fussent-ils employés, conseillers municipaux, adjoints ou même 1er adjoint. La formule « je décide, il exécute », déjà entendue à un plus haut niveau, présidait aux relations existant entre le maire et son entourage. Il n’y avait aucune place pour de l’amitié : seules existaient des relations de travail. Il est souvent arrivé que ses adjoints ne soient pas d’accord avec lui et le lui disent. Mais, s’ils ne parvenaient pas à le convaincre, ils devaient s’incliner, puisque les décisions finales n'appartenaient qu'à lui. C’est la règle : dans une équipe, c’est une question de discipline vis-à-vis de celui qui détient les responsabilités.

 

Cette situation n’a rien d’extraordinaire : dans une entreprise, à tous les niveaux hiérarchiques, de l’employé au cadre supérieur, chacun doit respecter ce que demande le « patron »… et accepter parfois, en plus de ses décisions, son caractère difficile, ses sautes d’humeur ou des décisions ne recueillant pas que des approbations.

Certains disent : « si vous n'étiez pas d'accord, il fallait démissionner ». Mais partir, cela peut être une sorte de lâcheté : c’est ne pas oser s’opposer à l’autorité qui en profite pour s’entourer de personnes qui ne lui apporteront jamais la contradiction. Dans le cas présent, ce n’était pas forcément bien servir les intérêts de la ville.  

Ceux qui font allusion à cette prétendue amitié de 30 ans savent-ils que quand, en fin de semaine, il arrivait de Paris où il avait ses activités personnelles, le maire s’enfermait aussitôt dans son bureau sans même venir dire bonjour à ses adjoints ou autres collaborateurs, ni leur demander ce qui s’était passé durant la semaine ?

 

Beaucoup d’autres exemples pourraient être donnés mais ce manque de contact et de chaleur humaine suffit à prouver que cette attitude n’était pas précisément le reflet d’une quelconque "amitié" ; ce mot est vraiment galvaudé, appliqué au cas présent, et l’utiliser me semble inconvenant

 

Une lectrice ulcérée                       

 

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